Lorsque nous sommes face à une œuvre d’art, nous sentons que nous n’avons pas affaire à un objet comme les autres. Tout se passe comme si cet objet, pourtant matériel, renvoyait à une réalité spirituelle. L’œuvre d’art manifeste ainsi à même le sensible quelque chose qui excède le sensible. Visible, elle déborde d’invisibilité. « La poésie est élan dans les mots vers plus que les mots », écrit, par exemple, Yves Bonnefoy dans ses Entretiens sur la poésie. Avec l’art, la matière se spiritualise donc, l’extériorité exprime une intériorité, une émotion, une pensée. L’art est « manifestation sensible d’une idée », résume Hegel dans ses Cours d’Esthétique.
Aussi, pour Hegel, l’art ne peut-il être que superficiel, au sens littéral du terme : en rester à la surface (c’est la signification du latin super-ficies, « sur-face »), aux seules apparences. La surface est en effet l’interface entre le matériel et le spirituel, leur point de rencontre, leur seul moyen de réconciliation. Qu’il y ait trop de contenu (matériel ou spirituel), et l’appropriation l’une par l’autre de ces deux réalités contraires que sont la matière et l’esprit, est rendue impossible. La matérialité trop lourde, trop chargée, enlise ou invite à sa suppression (c’est la logique du désir qui consomme et « ne se contente pas de l’apparence superficielle des choses extérieures, mais veut les tenir dans leur existence sensible et concrète »). L’esprit, tourné uniquement vers le concept, est désincarné et ne peut se reconnaître lui-même (le sujet a besoin de s’objectiver pour se saisir). L’art, ce «royaume d’ombres », réconcilie, à travers l’œuvre d’art et ses jeux de pure apparence, matière et esprit. La superficialité apparaît alors comme supériorité et non comme un manque ou une déficience. C’est l’idée que défend Hegel dans ce beau texte qui évoque la « résonance dans les profondeurs de la conscience » de « l’aspect superficiel du sensible » tel que le présente l’art…
« Il suit de là que le sensible doit être présent dans l’œuvre artistique, mais avec cette restriction qu’il s’agit seulement de l’aspect superficiel, de l’apparence du sensible. L’esprit ne cherche en lui ni la matérialité concrète, la consistance intérieure et toute l’envergure d’un objet organique que réclame le désir, ni les concepts universels purement idéaux ; ce qu’il veut, c’est la présence sensible, qui doit certes rester sensible, mais qui doit aussi être débarrassée de l’échafaudage de sa matérialité. C’est pourquoi le sensible est élevé dans l’art à l’état de pure apparence, par opposition à la réalité immédiate des objets naturels. L’œuvre artistique tient ainsi le milieu entre le sensible immédiat et la pensée pure. Ce n’est pas encore de la pensée pure, mais en dépit de son caractère sensible, ce n’est plus une réalité purement matérielle, comme sont les pierres, les plantes et la vie organique. Le sensible dans l’œuvre artistique participe de l’idée, mais à la différence des idées de la pensée pure, cet élément idéal doit en même temps se manifester extérieurement comme une chose. Cette apparence du sensible s’offre de l’extérieur à l’esprit, à titre de forme, d’aspect, de sonorité (…). C’est donc à dessein que l’art crée un royaume d’ombres, de formes, de tonalités, d’intuitions et il ne saurait être question de taxer d’impuissance et d’insuffisance l’artiste qui appelle une œuvre à l’existence, sous prétexte qu’il ne nous offre qu’un aspect superficiel du sensible, que des sortes de schèmes. Car ces formes et ces tonalités sensibles, l’art ne les fait pas seulement intervenir pour elles-mêmes et sous leur apparence immédiate, mais encore afin de satisfaire des intérêts spirituels supérieurs, parce qu’ils sont capables de faire naître une résonance dans les profondeurs de la conscience, un écho dans l’esprit. Ainsi, dans l’art, le sensible est spiritualisé, puisque l’esprit y apparaît sous une forme sensible. » Hegel, Cours d’Esthétique, Introduction





On pourrait ajouter David Hume « La beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes, elle existe seulement dans l’esprit qui la contemple, et chaque esprit perçoit une beauté différente. » et conseiller la lecture des travaux d’Heidegger sur le sujet.
A qui s’adresse la critique ? Certes elle ne peut pas être à l’encontre de Platon la vérité se trouve au-delà du sensible pour les deux
Pure and mere abstractions can cause deviation in the art ,as i see the idea made object and his connection with his representation cause an near infinite meanings and when art is only consumed as only an object the meaning is destroyed .