De quoi est susceptible la susceptibilité?

Susceptibilité : réaction superficielle s’il en est… Et pourtant la susceptibilité est elle-même… susceptible de bien d’autres interprétations…

susceptible

 

Le susceptible, c’est celui qui réagit de façon épidermique (« à fleur de peau ») – c’est-à-dire sans attendre d’en savoir plus, sans avoir laissé la chose (remarque ou geste d’autrui) « pénétrer » en lui – et disproportionnée – il s’offense de ce qui n’était pas intentionnellement destiné à le blesser, l’effet outrepassant grossièrement la cause. C’est pourquoi le susceptible est toujours un peu ridicule : face à une sollicitation extérieure, il ne se conduit pas adéquatement, la réponse qu’il donne n’est pas la bonne (il prend « mal ») et révèle surtout sa vanité.

obelix boude

La susceptibilité serait ainsi la forme la plus saillante de ce que les philosophes nomment « amour-propre », c’est-à-dire, dans leur langage, un amour mal placé de sa propre personne. Cet « amour-propre » est à distinguer de l’« amour de soi », juste estime de ce qu’on vaut véritablement. La métaphore rousseauiste de la toile d’araignée pour illustrer ce qu’est l’amour-propre, fait signe vers l’idée d’une surface tout en extériorité qui dissoud le moi et lui enlève toute substantialité et vers celle d’une surface qui ne fait pas interface entre soi et les autres, empêchant tout échange authentique :

 

« Quand je vois chacun de nous sans cesse occupé de l’opinion publique étendre pour ainsi dire son existence tout autour de lui sans réserver presque rien dans son propre cœur, je crois voir un petit insecte former de sa substance une grande toile par laquelle seule il paraît sensible tandis qu’on le croirait mort dans son trou. La vanité de l’homme est la toile d’araignée qu’il tend sur tout ce qui l’environne. L’une est aussi solide que l’autre, le moindre fil qu’on touche met l’insecte en mouvement, il mourrait de langueur si l’on laissait la toile tranquille, et si d’un doigt on la déchire il achève de s’épuiser plutôt que de ne la pas refaire à l’instant. » (Rousseau, Second discours, 1755)

 

marbre

 

Cependant l’expression « être susceptible de… » révèle un autre aspect de la susceptibilité. Quand quelqu’un est « susceptible de » poser une question ou qu’un événement est « susceptible de » plusieurs interprétations, la susceptibilité comme qualité révèle une capacité, une possibilité et une inclinaison. Elle est proche de ce qu’Aristote appelle une « puissance seconde », ce que nous pourrions traduire par un « fort potentiel » : ça n’est pas seulement un possible parmi d’autres qui concerne une réalité totalement indéterminée, mais plus exactement une possibilité inscrite en filigrane dans un être qui possède certaines caractéristiques et qui, dès lors, incline à certaines choses plutôt qu’à d’autres. Ainsi un morceau de marbre comporte des veines qui font signe vers la réalisation de certaines formes : tel bloc est davantage susceptible de devenir Apollon que Méduse sous les ciseaux du sculpteur. En latin, le verbe suscipere, dont est dérivée notre « susceptibilité », signifie « recevoir, soutenir » : est susceptible l’être qui peut recevoir ou soutenir beaucoup de choses, mais pas n’importe quoi non plus…

 

 

 

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One Response to De quoi est susceptible la susceptibilité?

  1. Salut,

    J’ai découvert ton blog, via cet article, j’ai moi aussi écrit sur la susceptibilité, c’est un comportement que je connais très bien pour l’avoir été.

    J’ai miraculeusement décidé de ne plus l’être un beau jour en me levant du lit. C’est difficile mais faut savoir rire un peu de soi-même aussi, c’est un des comportements qui est ENCORE lié à la confiance en soi, maudite confiance, toujours à ramener le bout de son nez celle-là !
    Mais aussi comme tu le dis lié à l’amour propre.
    Bref, je voulais te laisser ce petit com’ au passage.
    Au plaisir,

    Jordane