Drague, sexualité et féminisme : comment ça se passe à Montréal ? # 1

ok

Tout a commencé un samedi midi. Autour d’un brunch typiquement québécois au Café Les entretiens. J’ai eu envie d’aborder plusieurs sujets dont on ne parle pas assez souvent à table avec des quasi inconnues : féminisme, drague et sexualité. Crisse, ça se passe comment par chez vous ? Je voulais tout savoir. Mon angle d’attaque ? Le point de vue d’immigrées françaises qui vivent à Montréal depuis plusieurs années. Alice et Babette ont donc accepté de manger leur brunch un peu froid pour répondre à mes questions. J’ai aussi papoté avec Virginie, qui travaille à La Centrale, un centre d’artistes féministes. J’ai appris tout ce que vous allez lire maintenant. Prenez ça comme un cadeau d’été en avance. Mieux qu’un sujet sur les MST, n’est-ce pas ?

Alice, « étudiante professionnelle » comme elle dit, fait partie de ces français qui sont venus étudier au Canada et qui n’ont jamais eu envie de rentrer en France. Ou juste pour les vacances. Après avoir passé un an à Toronto sur le campus de Glendon directement après son bac, c’est à Montréal qu’elle a fini par poser ses valises depuis plus de 10 ans maintenant.

Parler de féminisme avec elle ? Un régal. D’abord parce qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche. Et aussi parce qu’elle a ce petit accent québécois qui t’intrigue parce que tu sais qu’elle est pourtant née comme toi, pas loin de la Dame de fer. Mais ce qui est surtout intéressant c’est d’avoir son point de vue d’immigrée française qui revient parfois dans son pays et qui, sans les chercher, ne peut que constater les différences culturelles.

« En France, nos pères ne sont pas hyper sensibilisés au féminisme, au partage des tâches, à l’éducation des enfants. Alors qu’ici, il y a comme une ou deux générations d’avance par rapport à tout ça. On ne se demande jamais si c’est normal qu’un homme fasse la vaisselle ou non. Ça coule de source… ».

Un peu chauvine, je leur rappelle qu’en France aussi le féminisme existe. Je leur fais part de mon incompréhension et de ma non-résignation aussi.

« C’est juste une province plus égalitaire qu’en France »

« T’sais, les Canadiennes se sont battues pour en arriver là ! », lance Babette, sûre d’elle, résidente permanente depuis 20 ans.

Hmmmm ça voudrait dire que les Françaises sont des femmelettes ? J’y crois pas. Les Françaises sont des super-héroïnes comme les autres. Je prolonge le débat.

« C’est parce qu’ici c’est une province matriarcale », avance Babette avant d’être coupée par Alice : « C’est pas vrai, ça ! Au Canada, les femmes n’ont pas plus de pouvoir que les hommes. C’est juste une province plus égalitaire qu’en France. L’égalité des femmes est partout. C’est comme ça. »

Je finis par les laisser tranquilles.

Non, je ne cherche pas à rédiger ce billet pour vous dire qu’au Canada tout est forcément mieux qu’en France. Et puis, là-bas, comme ailleurs (malheureusement), la culture du viol existe. Mais à moindre échelle. Tout comme l’homophobie. « Il y a des gros cons partout mais quand même, c’est plus modéré qu’en France. Et puis dans les lieux publics, quand il y a un propos déplacé, on ne laisse pas les gens dire n’importe quoi, on les remet à leur place », assure Virginie, qui travaille à La Centrale depuis 5 ans.

«Ça ne te tente vraiment pas de savoir s’il y en a un qui va avoir envie de se frotter contre toi… »

Si on décide maintenant de comparer l’incomparable, à savoir Montréal à Paris (on parle de ce qu’on connait, hein !), il y a quand même ce petit truc vachement cool qui change la vie (en plus du prix de leur loyer) : ce sentiment de sécurité/liberté que les montréalaises ressentent une fois la nuit tombée. S’ils ont un service spécialement dédié à la traque des loups-garous ? Je ne sais pas. Mais concernant le genre humain, ils ont l’air d’avoir compris des choses qui nous échappent encore.

« Je peux rentrer chez moi à n’importe quelle heure de la nuit, complètement bourrée ou non, habillée comme j’en ai envie : je ne suis jamais stressée. A Paris, vers 00h30, tu te dis que t’as quand même pas envie de prendre le dernier métro, ça craint et encore moins le Noctilien… Ça ne te tente vraiment pas de savoir s’il y en a un qui va avoir envie de se frotter contre toi… », raconte Alice. Ca sent le vécu.

Si, derrière ton écran, tu fais partie des gens qui s’interrogent sur le sens du paragraphe précédent, c’est que tu as la chance de n’avoir jamais été confronté(e) à une situation de violence sexiste/misogyne. Et j’espère que ça ne t’arrivera pas ! Sache simplement que ça fait effectivement et malheureusement partie des choses qui arrivent. « Je ne suis pas folle, vous savez ! ».

Rentrer à pied ? « A Montréal, je ne regarde pas partout autour de moi quand je marche. Je n’ai jamais peur. Ca change la vie d’une femme vraiment. Se sentir en sécurité, ça fait du bien », poursuit Alice. Du côté lesbien de la chose, même constat (oui j’ai testé pour vous, jusqu’au bout de la nuit !) : pas de regards déplacés quand un couple de filles déambule bras dessus bras dessous à travers la ville. Et pas un propos déplacé non plus quand elles s’embrassent à un passage piéton. Ou qu’ils se câlinent dans un abri bus.

 « Ah c’est toi la féministe ! »

Bon et ça fait quoi d’être féministe au pays de Céline Dion ? (Fallait bien que son nom apparaisse dans le billet). « En France, j’ai rencontré des amis d’amis que je n’avais jamais vus auparavant et directement ils m’ont dit : « Ah c’est toi la féministe !». C’est pire que si j’avais porté une étiquette avec écrit mal baisée dessus. Au Québec, être féministe ce n’est pas une tare, c’est juste normal. Bien sûr, ça arrive qu’il y en ait un qui ne comprenne pas pourquoi tu te bats…etc ».

Et on répond quoi à ce genre d’ostie de niaiseux ? « Que moi je comprends pourquoi je me bats, je n’ai pas besoin de ton avis, lâche moi t’sais. » Et bim.

« La course à celui qui aura le plus gros barbecue ! »

« Ici quand tu parles avec une femme, c’est rare qu’elle te dise « oh bah non, je ne suis pas féministe ! ». Les femmes sont d’emblée féministes, pour la plupart. On reconnait la lutte féministe comme une lutte progressiste d’égalité des droits, c’est un truc fondamental. Et c’est hyper reposant. Encore maintenant, moi je suis toujours surprise de rencontrer des « dude » à casquette qu’on mettrait volontiers dans la case « ne comprend rien au féminisme » et en fait… ils conçoivent le féminisme de la même manière que moi. Ca fait partie de la culture, c’est comme ça ! », s’enthousiasme Virginie, artiste engagée , qui a aussi envie de me parler de la question de la visibilité de la virilité.

« En France, y’a cette espèce de dynamique homme/femme étrange, on dit que c’est normal qu’un gars parle fort, il a besoin de s’exprimer, c’est dans sa nature… Ici, il n’y a pas de surenchère de la virilité ou alors seulement à des moments précis : pendant les matchs de hockey avec les barbecues. C’est un peu la course à celui qui aura le plus gros barbecue. Mais ça s’arrête là et c’est plutôt drôle », sourit la jeune femme.

« T’attends pas de te faire pêcher ! »

En France, on a les cagoles, au Québec, ils ont les « pitounes », leurs rivales venues du froid. « C’est des filles vulgaires. Elles se maquillent à outrance, elles s’habillent avec le moins de tissus possible. En hiver, par -40°, c’est fun à voir », sourit Babette.

Bref, tout ça pour dire qu’à moins d’être une pitoune et de savoir qu’il n’y a pas qu’une poutine que t’as envie de mettre sous la dent ce soir, il est tout à fait possible de discuter longuement avec un prétendant potentiel sans jamais le revoir par la suite. Le tout, sans phéromones éparpillées partout autour de toi.

En France aussi ? Alice n’est pas d’accord.

« Un Québecois quand tu le rencontres dans un bar, tu peux rester parler avec lui pendant toute une soirée et à la fin, juste lui dire « c’était cool de te parler ! ». Et tu ne ressens aucune charge sexuelle derrière tout ça », explique Alice qui trouve les français souvent « lourds » et « gras » en matière de drague.

« Et puis ici, c’est pas mal vu de draguer des hommes ! », s’enthousiasme Babette. « Même dans la drague, c’est plus égalitaire. Chacun fait un pas vers l’autre. T’attends pas de te faire pêcher ! », insiste Alice. « Je dirais que c’est beaucoup plus « straight forward » qu’en France. C’est beaucoup plus direct, le mec/la meuf ne va pas te faire miroiter pendant des heures/des mois. On sent qu’on s’aime plus que bien ? Ok, alors on y va ! C’est pas compliqué, on a qu’une vie ».

Côté sexualité, pas de tabou. « On parle facilement de sa sexualité, même en détails. C’est très libéré. Une fille peut coucher à gauche à droite, on s’en fout. Ca fait partie de la vie », soulignent mes camarades de table. « On ne va jamais la traiter de s….. ou de p… ».

Etre homo à Montréal ? 

« A Montréal, si t’es homo, tu peux te promener main dans la main avec ta moitié, tu peux l’embrasser, encore heureux ! Tu peux vivre normalement, c’est tout », lance Babette qui pense qu’en France c’est comme ça aussi. Oh Babette, si tu savais.

« Les réactions sexistes et homophobes, ça ne passe pas ici. Ce n’est pas acceptable », lance Virginie. « Pendant les manifestations anti mariage gay en France, les journalistes québécois ne comprenaient absolument pas ce qui se passait. Ils ne se posaient pas non plus en juges, ils étaient sincèrement inquiets : qu’est ce qui se passe chez nos cousins ? Avec beaucoup de respect et d’intérêt, ils se demandaient comment on avait pu en arriver là ? Alors qu’en France, on s’est juste dit que la France était malade sans chercher l’origine du problème. »

L’équivalent du Marais à Montréal ? Le Village. C’est une rue (Ste-Catherine), en réalité.  « C’est surtout gay en fait. Les lesbiennes ont un peu déserté les lieux. Avant il y avait un bar pour les filles mais ça a fermé », lance Babette, fine connaisseuse.

Mais alors, où sont les femmes ?

Dans le Mile-End a priori. Il y a quelques bars réputés. « Moi je dirais que le mieux c’est d’aller Chez Mado quand t’es lesbienne. C’est très queer, assez transgenre », ajoute Babette.

« Où sont les lesbiennes ? C’est la grosse question que tout le monde se pose !…. », confie Virginie avant de me donner quelques pistes.

Et c’est parti pour un tour des QG lesbiens. (Paris, prends-en de la graine !) « Elles ont l’habitude de sortir au Phoenix ou au café bowling, Notre Dame Des Quilles. Les soirées « Amène Ta Blonde »« Hot Sauce » et les 5 à 7 dans le village ont pas mal de succès aussi ».

Pour ce qui est des brunch, c’est au Dépanneur le Pick Up que les filles ont leurs habitudes.

« Par tranche d’âge maintenant, pour les plus de 20 ans, je leur conseille d’aller à la Casa del popolo, un café végétarien. Pour les bébés gouines, direction les Faggity Ass Fridays ».

Bon et puis si vous avez l’âme d’une cycliste, sachez que c’est dans les shops à vélo, en particulier ici, que vous pouvez faire de belles rencontres. « A La Centrale aussi ! », lance Virginie. Plus attendus, les clubs de roller derby regorgent aussi de prétendantes en devenir.

Ne minimisez pas non plus les parcs à chiens : c’est bête mais c’est vrai. Où exactement ? « En général, elles habitent le Mile-End & la petite Italie. En tout cas, c’est là qu’elles sont super visibles », confie Virginie, incollable.

PS : Ah oui, une photo du brunch, comme si vous y étiez :

brunch

 Daisy 

3 réflexions au sujet de « Drague, sexualité et féminisme : comment ça se passe à Montréal ? # 1 »

  1. « En France, on a les cagoles, au Québec, ils ont les « pitounes », leurs rivales venues du froid. « C’est des filles vulgaires. Elles se maquillent à outrance, elles s’habillent avec le moins de tissus possible. En hiver, par -40°, c’est fun à voir », se moque Babette. »

    Je suis désolé mais une fille qui porte un regard critique sur d’autre filles en jugeant de leur apparence physique et, a fortiori, de leur sexualité n’est pas féministe, elle ne fait que pérpétrer de façon inconsciente un cliché sexiste.
    Pour le reste de leurs propos, je ne dis pas qu’il n’y a pas de différence dans le féminisme entre le Canada et la France (et même entre l’Amérique et l’Europe) mais leur vision de Montréal c’est un peu le pays des bisounours et je ne suis pas certains que toutes les montréalaises vous diront qu’elles s’y sentent toujours en sécurité en pleine nuit.

  2. Mais si détrompe toi, c’est vraiment ouf comment c’est différent, la drague lourde et le harcèlement de rue, c’est pas une fatalité hein, la preuve c’est différent au Quebec !

  3. Ping : Ça fait quoi d’être « trans » aujourd’hui ? | Qu’est-ce que j’en sexe ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>