Le PRINTEMPS à Vancouver : APRÈS LA NEIGE le beau temps

Tandis qu’à leurs œuvres perverses,

Les hommes courent haletants,

Mars qui rit malgré les averses,

Prépare en secret le printemps.

Théophile Gautier, Emaux et camées

Le 20 mars, à Vancouver comme ailleurs, c’était le premier jour du printemps. Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’à Vancouver, le printemps est porteur d’un espoir singulièrement fort après les conditions météorologiques un tantinet humides de l’hiver… Et en termes d’espoir, ce jour précis a été d’une générosité exemplaire : un magnifique ciel bleu accompagné d’un soleil tiède… suivi d’une soirée où nous avons frôlé l’inondation… Tout en un, que rêver de mieux ? (Oui, on peut rêver de mieux).

Mais la meilleure journée niveau paradoxes a été celle deux jours plus tard : le matin, pluie à Vancouver, neige à Burnaby sur le campus ; et dans l’après-midi, passage des flocons à un grand soleil sur fond bleu partout en BC ! Mais oui, tout est possible à Vancouver, skier-nager-randonner dans la même journée, aussi bien que pleuvoir-neiger-faire-soleil ! Cette journée en particulier a été un résumé exhaustif du changement de saison : après les grêlons de l’hiver, les rayons de l’été (et de la poésie en passant s’il vous plaît).

Quand le chat est parti, les souris dansent : que de monde dans les rues ce weekend, venu humer l’air du printemps… Et pour moi, tout juste débarquée à la fin de l’été dernier, ce bel enthousiasme ensoleillé était déjà un aperçu de l’été à venir ! Ni une ni deux, direction l’air frais. Parmi les nombreux endroits merveilleux de Vancouver, un des plus prisés que je viens d’arpenter de long en large est la baie de False Creek. C’est un petit bras de mer (enfin d’océan) qui s’avance au cœur de la ville de Vancouver et sépare Downtown du reste de la ville. C’est sur ses rives nord et est qu’a été installé le site principal de l’Exposition Universelle sur les Transports et la Communication – « Expo 86 » de Vancouver, et les infrastructures des JO de 2010 se situent légèrement en retrait, ce qui en fait le quartier artistique et culturel le plus récemment rafraîchi et dynamisé de la ville. Moderne et design, c’est un régal d’y flâner le nez au vent…

Comme il s’agit d’une baie, le front de mer est entièrement aménagé pour la promenade, et des œuvres d’art plus ou moins controversées égaient (ou pas) la balade. Deux mots sur mon sujet de présentation pour mon cours d’Histoire de l’Art ? The Games Are Open est une « œuvre d’art » réalisée à partir des matériaux recyclés du Village Olympique des JO d’Hiver de 2010. La sculpture, faite entièrement de matière recyclable, représente un bulldozer plus grand que nature, faisant face au futur terrain d’aménagement et de construction de la baie. Les Jeux ayant inauguré un total renouvellement de la baie et la naissance du plus grand projet d’aménagement « vert » du Canada, ce bulldozer auto-décomposable voué à se transformer en compost, représente au-delà de l’objet de chantier, le terreau d’une nouvelle croissance durable. Vancouver, ville verte, est engagée à faire réfléchir ses citoyens… ! Le seul souci est qu’une œuvre d’art qui se décompose avec le temps n’est pas des plus esthétiques… et après plus de deux ans exposée aux éléments, la « sculpture » ne suscite pas que de l’admiration… Elle fait tout de même partie intégrante des curiosités de la promenade.

 

Soleil, ciel bleu, bord de mer, canoës et petits bateaux, vue du centre ville sur la rive opposée et  montagnes en fond de tableau, toutous et minikids en vélo, crème glacée et lunettes de soleil. Une pause au Starbucks plus tard, moi, mon soy moka et mon apple fritter (beignet à base de pomme et de cannelle) avons savouré la vue délicieuse de la baie sous le soleil tiède de l’après-midi. Que l’on ne se méprenne pas, c’était une séance aux vertus thérapeutiques hyper sérieuse, mon taux de vitamine D étant descendu au niveau des chaussettes.

Après avoir finalement réussi à prendre le chemin du retour, le trajet en bus un peu longuet par ce temps tiède a eu raison de ma vigilance, et c’est après m’être fait plusieurs fois la remarque que le paysage ne m’était pas très familier, que je me suis décidée à jeter un coup d’œil à mon appli Google Map… et en effet, j’étais déjà 4 arrêts au-delà du mien. Manquer Hastings Street, la plus grosse artère de Vancouver : check. Je me suis donc ruée sur la ficelle. Oui, à Vancouver, pour demander l’arrêt au chauffeur, on tire sur une ficelle qui court horizontalement le long des fenêtres du bus. Par un mécanisme astucieux, où que l’on soit dans le bus, on peut très simplement tirer la ficelle, et le signal est donné… plutôt que de chercher le bouton désespérément. Futé hein ? Mon frère en est tombé à la renverse.

Enfin, rien n’a eu raison de ma bonne humeur et je suis retournée à mes travaux, après une petite escapade verte et poétique.

L’hiver ne concentre tous les trésors de la terre

Qu’afin que le printemps suivant les déploie.

Fénelon, Démonstration de l’Existence de Dieu