« Le bac pro c’est pas pour les nuls »

Suite de l‘atelier d’écriture organisé dans un lycée professionnel de Perpignan avec une classe de seconde ASSP (Accompagnement aux soins et aux services à la personne),  les élèves répondent cette fois à la question : « Pourquoi as-tu choisi cette filière professionnelle ? » Leurs réponses touchant à leurs parcours personnels et à leur avenir, plutôt enthousiastes, tranchent avec les regards inquiets portés sur leur génération

Lise, 15 ans – « On apprend beaucoup de choses sur nous, notre corps »

J’ai choisi d’être en ASSP car je sais qu’à la fin de mon bac, je pourrai travailler avec les enfants et c’est ce que je veux. J’aime beaucoup m’occuper d’enfants. Ce que l’on fait en cours est très intéressant, on aprend beaucoup de choses sur nous, notre corps, Lire la suite

« Sans repère, on se sent seul, seul contre tous »

« Qu’est-ce qu’être jeune aujourd’hui ? » A cette question posée à une classe de seconde ASSP (Accompagnement aux soins et aux services à la personne) lors d’un atelier d’écriture organisé dans un lycée professionnel de Perpignan, sept élèves de 15 à 17 ans, ont répondu, sans concession pour leur génération…

Christelle, 16 ans – « Les générations sont différentes. Ca se dégrade. »

A mon avis, l’époque de nos grand-parents et celle d’aujourd’hui est différente en tout. Avant on travaillait tôt et c’était pas dur de trouver du travail. Ils étaient beaucoup plus mâtures que maintenant. Lire la suite

La saison c’est comme ça

journees-jobs-eteIl existe des endroits où avoir un jour de congé hebdomadaire pendant la saison haute apparait comme une preuve de paresse : « C’est ça les vrais travailleurs ! Il faut savoir ce qu’on veut ! La saison c’est comme ça ! ». Pour ma part je n’en ai tiré vraiment aucune fierté. Je ne trouvais pas ça courageux et me trouvais plutôt faible de ne pas savoir exprimer mon désaccord. Et je me suis vraiment demandée pourquoi c’était si dur ! Je suis donc partie doucement en croisade contre cette chose qui est courante sur la côte : le travail 7 jours sur 7 payé au SMIC ou au noir à 7€/h. Ce qui revient à oublier le droit du travail. Ben oui, ce sont des choses qui arrivent, les personnes sont parfois distraites. Lire la suite

La vie en prose

Écrire pour évacuer, écrire pour vivre… C’est parti d’un événement tout bête, une petite frustration comme on peut en vivre des centaines dans une vie. Un petit moment qu’on surmonte en peu de temps et sans laisser de blessures réelles, l’un de ces moments qu’on regarde des années après avec un sourire en coin. Mais cette fois-ci, j’ai eu un déclic et ça ne s’est pas passé comme prévu… Et heureusement !
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En Turquie j’ai vu les manifestants défendre leur liberté d’expression

tumblr_mo4un1LJDW1ste7qoo1_1280Tout a commencé par un rassemblement pacifique pour la défense du parc Gezi à Taksim, menacé d’être rasé pour faire place à un énième gigantesque centre commercial. Car les habitants étouffent peu à peu sous l’invasion des projets d’urbanisation, des embouteillages constants, des transports en commun saturés, un écosystème du Bosphore qui se dégrade (voir le documentaire « Ekumenopolis : Istanbul, ville sans limite »). Si Gezi est devenu un symbole, c’est parce que le gouvernement n’a pas le droit légal de le détruire et qu’il a sommé les policiers de faire usage de la force pour déloger les « maraudeurs» ( les « çapulcu » en turc). Une fois de plus, Recip Tayyip Erdogan, premier ministre depuis 2002 et leader de l’AK Parti, impose un nouveau projet sans concertation ni consensus, et encore moins sans honte d’avoir recours à la violence. Lire la suite

Dans une famille, il y a toujours un « vilain petit canard »

le-vilain-petit-canard_couvDans la mienne c’est Léa. Léa, c’est ma cousine. A 15 ans elle avait déjà un lourd passé. « Droguée », « tueuse de bébé », « fugueuse »… Tout y passe. On nous racontait ces « bêtises » pour nous mettre en garde. « Si tu fais ça, tu deviendras comme Léa ». Même sa propre mère n’y allait pas de main morte lorsqu’elle parle de sa fille. A peine, quelques années de moins que moi, Léa m’intriguait. Personne ne devait lui parler sous peine d’être contaminé par ce virus de « l’enfant maudit ». Au repas de famille, nous lui sourions tous de manière hypocrite. Certains laissaient parfois échapper dans leur sourire un dégoût qui, j’en suis sûre, écorchait ma cousine. Lire la suite

J’ai longtemps été un étudiant par défaut

Bon élève, je suis arrivé au lycée en seconde générale avec en tête depuis mes dix ans le métier que j’aimerais faire : médecin ou travailler dans le milieu de la santé. Mais en fin d’année, après avoir découvert les enseignements scientifiques, je ne me voyais pas intégrer une filière scientifique. Me voilà parti pour la filière économique et sociale. Après deux années à briller dans certaines matières, j’ai d’abord douté de mes aptitudes à avoir le bac, puis je l’ai obtenu avec la mention « assez bien ». J’ai donc réussi et rendu fier ma famille dont je suis le seul bachelier. Je ne sais pas ce que je compte faire avec ce diplôme mais je suis content de l’avoir obtenu, bien que je l’ai choisi par défaut. Lire la suite

Bienvenue chez les « sauvages »

Dans le cadre de ma mission de service civique, je me rend dans un lycée professionnel  pour intervenir dans une classe de 2nde. Je ne sais pas pourquoi j’appréhende cette rencontre. Je décide de me foutre un coup de pied au cul et de m’y jeter. Après tout, moi aussi je viens de filière pro ! Bien déterminée je sors du bus et fonce en classe. Une heure où tout se passe bien, le dialogue s’instaure et la curiosité se mêle à la conversation. Finalement la sonnerie retentira trop tôt à mon goût. Je traverse alors la cour en toute légèreté et me poste à l’arrêt de bus. Je recherche les horaires. Evidemment ils n’y sont pas. Un jeune intervient  :
« Aiiiie, on est des sauvages ici madame hé ! On arrache même les horaires de bus »
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« Je sais pas »

J’habite chez ma tante depuis dix ans. Toute ma famille est restée en Algérie. Je revois mes parents, mes frères et mes cours que pendant les grandes vacances d’été. Je me suis habituée à leur absence dans ma vie, je ne les connais pas vraiment. C’est ma tante qui m’a éduquée, je la considère comme ma seconde mère, et elle me considère comme sa fille. Mais en ce moment elle ne me supporte plus, je deviens insolente, je n’en fais qu’à ma tête, on se dispute souvent, même très souvent. Mais elle ne me frappe jamais, ni ses enfants ni moi. Elle nous dit : « Ma mère me frappait avec une ceinture et des bâtons, mais moi je ne veux pas que vous viviez dans la violence ». Lire la suite

Une enfance heureuse, malgré tout

Je me rappelle de cette salle d’attente à l’hôpital. Il y a un distributeur en face de moi, je me souviens vouloir un bonbon, mais je suis seul dans ce couloir, on m’a demandé de sortir de la chambre. À l’intérieur, mon père, mes sœurs et mon frère sont agglutinés autour du lit. On repart en voiture, je me souviens avoir essayé de parler, mais personne ne me répond. Je vois sur leur visage calme et tristesse à la fois. Je gigote, j’essaie de me faire remarquer, mais personne ne fait attention à moi. Jusqu’à ce que ma sœur me jette un regard de compassion et se mette à pleurer en me prenant dans ses bras. Lire la suite

Lever le voile sur les préjugés

Je suis née dans une famille qui vote à droite, où les Arabes et les Noirs sont mis dans un pot commun : celui des gens qui partent avec un handicap dans leur vie, qui ne s’habitueront jamais à la culture française, qui parlent fort dans la rue et restent enfermés dans leur langue maternelle. Celui dans lequel les Arabes sont forcément musulmans et les femmes musulmanes forcées à se voiler par leur père ou leur mari, et j’en passe. J’ai grandi avec ces préjugés là, mais j’étais bien décidée à changer d’opinion. Lire la suite

Et pourtant elle est diplômée !

Je suis la benjamine d’une famille moyenne francaise. Avec 8 ans d’écart, j’ai toujours vu ma sœur suivre le chemin des études avant moi. Un rêve ! Elle a pris son indépendance, a déménagé de la maison de mes parents pour aller étudier la géologie dans une grande ville à deux heures de chez nous. Je l’enviais, beaucoup. Quelle chance ! Vivre sa vie, aller faire les boutiques, inviter ses amis à manger pour passer un bon moment sans la pression des parents, gérer quasiment seule sa vie. S’épanouir, tout simplement. Lire la suite

Mon avenir a enfin un nom : professeur !

écoleDepuis plusieurs années, je souhaite devenir professeur des écoles. Les études ? Pour moi ça rimait surtout avec faire une licence histoire d’attester d’un bac +3. Et après, on pouvait se rendre à l’IUFM et être formé, tout du moins sur la théorie. En décembre 2012 le gouvernement a mis en place les Emplois Avenirs Professeurs. Un emploi étudiant, un emploi pré-professionnalisant, et même plus : de l’alternance pendant les études ! Avec, en prime, un emploi du temps modulable. Moi qui travaillais les midis en périscolaire à 30mn de ma faculté et qui ne pouvais donc pas être en cours entre 11 et 14h, que demander de mieux ? Lire la suite

Souvenir d’été : mon premier job

Eté 2007, j’ai 19 ans, la fin de l’année arrive, il va falloir trouver un job pour cet été… J’envoie mes candidatures spontanées au fast food du coin, dans les supermarchés, dans les usines. Enfin non, pas dans les usines, dans THE usine. On m’appelle pour un entretien, j’y vais et je suis prise. Pas d’hésitations, entre être manutentionnaire 45 heures par semaine ou aller faire des sandwichs pendant 25 heures, mon compte en banque me supplie de choisir la première option.  Lire la suite

Une chute, le choc

C’était un jour comme les autres, en après-midi. J’étais assis sur les escaliers de mon ancienne caserne. J’avais onze ans, j’étais seul, pensif, jusqu’au moment où une sorte de poupée est tombée d’un balcon au-dessus, du 3ème étage, la tête la première sur les escaliers. Je pensais que c’était un jouet. Lorsque j’ai vu du sang couler le long des escaliers, j’ai réalisé que c’était la petite jumelle de mes voisins qui avait deux ans. Elle s’appelait Marie. A ce moment-là, je me suis dit dans ma tête que c’était pas un film mais la vraie vie, alors j’ai couru aussi vite que j’ai pu, pour aller au standard des pompiers pour signaler l’accident. Lire la suite